IA & marketing
Ce plat n’existe pas. Bon appétit!
L’intelligence artificielle peut désormais créer des plats qui n’ont jamais été cuisinés. Mais quand la fiction se retrouve au menu, la loi pourrait aussi avoir son mot à dire.

Vous avez faim. Vous consultez le menu d’un restaurant en ligne. Un hamburger gigantesque, des ingrédients parfaitement disposés, une présentation digne d’un grand chef. Vous commandez.
À la livraison, surprise! Le repas ne ressemble pas vraiment à l’image. Pire encore, le plat présenté n’existe même pas sous cette forme dans la cuisine du restaurant.
Bienvenue dans l’ère où l’intelligence artificielle peut vendre du rêve sans même allumer les fourneaux.
Aujourd’hui, restaurants, traiteurs, pâtisseries et entreprises alimentaires peuvent générer des images spectaculaires en quelques secondes. Sans photographe. Sans préparation culinaire. Parfois même sans véritable produit derrière l’image.
Imaginez un traiteur qui présente de magnifiques buffets qu’il n’a jamais réalisés. Ou un restaurant qui affiche des plats contenant des ingrédients qu’il n’utilise même pas.
À quel moment la créativité publicitaire devient-elle trompeuse?

Au Québec, la Loi sur la protection du consommateur est pourtant assez claire.
L’article 219 interdit les représentations fausses ou trompeuses. L’article 221 vise notamment les fausses indications concernant les ingrédients, les dimensions, le poids ou le volume d’un produit. Et l’article 218 précise que l’impression générale donnée au consommateur doit aussi être considérée.
Autrement dit, créer une image avec l’IA ne fait pas disparaître les obligations légales. Et ajouter « Image générée par IA » ne constitue pas automatiquement une protection.
Autre détail intéressant : la loi vise également les publicitaires. Restaurateurs, traiteurs, agences marketing et créateurs de contenu ont donc tous intérêt à se poser les bonnes questions. Leur responsabilité respective dépend évidemment des circonstances.


Soyons clairs. L’intelligence artificielle est un outil formidable. Je suis le premier à en reconnaître les possibilités.
Mais il existe une différence entre mettre un produit en valeur et en inventer un pour le vendre.
Après tout, lorsqu’on consulte un menu, on s’attend à voir ce qu’on peut réellement commander.
L’IA peut avoir beaucoup d’imagination. Votre menu, lui, devrait rester fidèle à ce qui sort de la cuisine.
Parce qu’au final, le consommateur commande un repas. Pas un prompt.
LégisQuébec — Loi sur la protection du consommateur, articles 218, 219 et 221 ↗